Séance d’information en milieu carcéral (Mulhouse)

13h30, nous montons les escaliers du bâtiment jusqu’au troisième étage où se trouve la salle pour l’information publique que nous allons donner à la maison d’arrêt de Mulhouse. Les cellules s’alignent de part et d’autre du couloir et de l’escalier protégés de grillage métallique. Accompagnés de la conseillère pénitentiaire d’insertion et de probation (CPIP), nous entrons dans la salle, aidons à préparer les tables, les chaises. Deux infirmières du groupe hospitalier de Mulhouse (GHR), travaillant au service sanitaire de la maison d’arrêt et un psychologue nous rejoignent. Arrivent les détenus, dont deux femmes : regards croisés…quelques bonjours discrets, presqu’inaudibles.

 

14h00, la CPIP nous présente, et Victor** commence son témoignage. Devant ces hommes et ces femmes il raconte sa perdition dans l’alcool, sa souffrance et sa délivrance en Alcooliques anonymes. Certains visages opinent, des regards qui en disent long face à ce miroir que Victor leur propose.

 

Philippe lit la définition des Alcooliques anonymes, puis retrace son parcours : l’adolescence dans l’ivresse des samedis soirs, les fêtes de famille trop arrosés et la chute dans la destruction alcoolique, devant sa femme et ses enfants impuissants. Puis son arrivée chez Alcooliques anonymes pour essayer de trouver une solution non pas à l’alcoolisme qu’il ne s’avoue pas, mais à la souffrance devenue trop dure à supporter. Le soutien et les témoignages des membres, puis les étapes, le service, le rétablissement jusqu’aujourd’hui qui l’amène à témoigner devant les détenus pour transmettre à son tour.

François, lui, parle de ses errances durant des décennies, de son sevrage, du médecin qui l’oriente vers les Alcooliques anonymes, de sa reconstruction, de sa nouvelle vie.

 

Les mains se lèvent.

Un détenu prend la parole pour nous raconter son alcoolisme qui l’a conduit à la maison d’arrêt suite à un appel de sa femme à la gendarmerie…impuissante

Un autre nous interpelle, « vous vous dites alcooliques, mais vous dites ne plus boire ». Victor explique le déni et la perte de contrôle dans l’alcool, se reconnaître comme malade alcoolique, ne pas l’oublier, vivre son abstinence au présent, « vingt-quatre heures heures à la fois ».

Les visages sont moins fermés, l’émotion devant la sincérité de nos témoignages délie les langues…Les questions arrivent : « moi, je ne bois que de la bière forte », « quand est-on alcoolique ? », « comment ne pas rechuter ? », « moi je n’ai pas bu ici depuis neuf mois, mais quand je sortirai je fêterai ça ! » Les échanges vont bon train.

 

16h00, le temps passe trop vite, la réunion d’information finit sous les applaudissements de tous. Les détenus quittent la salle pour la « promenade ». Plusieurs prennent des flyers, tous viennent nous dire au revoir, nous serrent la main. Un autre vient nous voir car il a des sorties autorisées et veut venir à une réunion…

Nous quittons le bâtiment, le personnel nous offre un café pour discuter de cette réunion et des suites à donner. Ils nous confirment que rarement tous les détenus inscrits viennent aux ateliers ou réunions qui leur sont proposés et qu’ils sont rarement aussi prêts à s’écouter. Nous prenons congé du personnel, reprenons nos cartes d’identité, mobiles, et devant la maison d’arrêt nous échangeons nos impressions, nos sentiments et notre joie d’avoir transmis le message des Alcooliques anonymes, simplement, sincèrement.

 

Nous nous quittons enrichis de cette expérience qui conforte nos propres chemins de rétablissement. Nous nous quittons heureux…

 

**Les prénoms ont été changés

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