L'alcool : ils en parlent pour s'en libérer

L’association Alcooliques Anonymes (AA) organise six réunions de groupe par semaine dans l’île. L’occasion d’un partage d’expériences, d’énergie et d’espoir dans le cadre d’un programme. Des membres des A.A témoignent de leur parcours de vie.

« Les Alcooliques Anonymes sont une association d’hommes et de femmes qui partagent entre eux leur expérience, leur force et leur espoir dans le but de résoudre leur problème commun et d’aider d’autres alcooliques à se rétablir. Le désir d’arrêter de boire est la seule condition pour devenir membre des A.A. (…) Notre but premier est de demeurer abstinents et d’aider d’autres alcooliques à le devenir » . Ces mots sont lus à chaque début de réunion de groupe des Alcooliques Anonymes. Une façon aussi de rappeler que seule compte la journée d’aujourd’hui.

« Ne t’occupe pas d’hier et de demain. Un jour à la fois. C’est notre slogan », relate Marie (*), alcoolique abstinente. « J’étais une bonne buveuse, je passais des soirées à danser mais au début, je n’avais pas ce besoin de boire. Et puis, un ensemble de choses a fait que j’ai bu tous les jours, et notamment un manque de repères. J’ai bu pendant plus de vingt ans. J’avais commencé jeune, à l’âge de 15 ans , avec deux ou trois    bières ». Marie aide les autres désormais. Elle sait qu’être une femme qui boit est mal vue. « Le regard des gens est terrible ».Elle sait aussi que ce n’est pas simple de guérir.

« On me disait : si tu nous aimes, arrête de boire. Mais ça n’a rien à voir avec l’amour. (…) On est dirigé par l’alcool ». L’entourage ne comprend pas toujours. Alors Marie cache les bouteilles. « L’alcool était devenu une puissance supérieure ».

« JE DÉPENSAIS JUSQU’À 1000 EUROS PAR MOIS »

Sébastien (*) lui, a commencé à boire pour « gagner en assurance » et « oser aborder les illes » car il est très timide de nature. « Je travaillais et j’attendais avec impatience la in de la journée pour boire à toute vitesse 3 à 4 bières sur le lieu de travail. Et quand je sortais du boulot, je passais ma nuit dans un bar. Je dépensais jusqu’à 1000 euros par mois ». Cela a duré une douzaine d’années. Il compare son envie d’alcool (de l’époque) à ce désir irrésistible de chocolat que l’on peut avoir.

Cette envie de boire, Jo l’aura en métropole puis à la Réunion. Au point que sa mère venait le chercher devant la boutique avec « un bout de bois ». Une maman qui n’avait pas son pareil pour trouver les cachettes des bouteilles d’alcool : whisky, rhum…

Emissions de radio et interventions au CHU

« En matière d’alcool, j’étais un sportif de haut niveau», plaisante le Réunionnais d’une trentaine d’années. Jo a tout perdu : son travail, sa femme et son estime de soi. Mais il va mieux… Il est abstinent depuis treize mois.

Grâce aux AA, Marie, Sébastien et Jo ont remonté la pente. Ils sont abstinents et ont suivi un programme en douze étapes. « Un éveil spirituel » , « un relèvement » que les membres essayent de faire connaître.

Des réunions ont lieu au CSAPA Sud le lundi, au CSAPA Est le mardi, au CMP de Saint- Denis le mercredi, à Saint-Paul le jeudi, au CSAPA Nord le vendredi et à la Maison des Oliviers de Saint-Gilles les Hauts le dimanche. Sans compter les émissions sur Radio Vie une fois par mois (à 9h, le 2e mardi. Rediffusion le jeudi suivant à 17h, avec M. Lebon) et les interventions, (notamment au service Addictologie du Docteur Mété au CHU Félix Guyon à Saint-Denis).

A.A travaille en collaboration avec Al-Anon/Alateen et AEA (Adultes enfants d’alcooliques).

J.P-B. – Journal de l’île de La Réunion – 4 août 2018

(*) les prénoms ont été changé

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