Ils parlent des Alcooliques anonymes

Le mouvement des AA n’aurait jamais pu se développer comme il l’a fait sans l’appui d’une foule d’amis bienveillants.

Dans le monde entier, la publicité abondante, variée et toujours favorable a été notre meilleur moyen de recrutement. […] On nous dit : « J’ai lu un article dans le journal… », ou encore : « Nous avons entendu à la radio… », et puis : « Nous avons vu un film… », ou bien : « Nous avons vu quelque chose au sujet des AA à la télévision… ».

Ecrivains, philosophes, journalistes, médecins, psychologues, travailleurs sociaux, magistrats, …, depuis leur fondation en 1935 aux Etats-Unis et leur arrivée en France en 1960, nombreux sont-ils à avoir parlé des Alcooliques anonymes avec « un enthousiasme que les membres les plus ardents auraient du mal à égaler ».

Nous vous proposons ici un florilège de témoignages émanant de ces « amis bienveillants » qui ont particulièrement contribué à la naissance et au développement des Alcooliques anonymes dans le monde et en France. 

Extraits du livre Les douze étapes et les douze traditions, onzième tradition, reproduits avec la permission de AA World Services, Inc.

JOSEPH KESSEL - AVEC LES ALCOOLIQUES ANONYMES - 1960

Joseph Kessel (1898-1979) est un écrivain multiple. Grand reporter, romancier, membre du jury qui décerne le Prix Albert Londres (depuis 1933), résistant puis élu à l’Académie française (1962).

 

Son reportage sur les Alcooliques anonymes de New-York en 1960 est publié dans le quotidien France Soir. Ce reportage signe la naissance du premier groupe AA en France et déclenche le développement spectaculaire de notre mouvement.

 

Cela justifie notre gratitude envers cet homme qui fut le premier président non-alcoolique d’Alcooliques anonymes France.

La présentation des articles sur les Alcooliques anonymes par Joseph KESSEL lui-même :

« Le reportage que voici a beaucoup compté pour moi. Et au titre le plus singulier. Il ne devait rien aux révolutions, aux guerres et aux forbans, aux héros, aux pays d’accès difficiles, aux tribus mal connues, aux bêtes sauvages. Mon enquête avait pour objet des hommes ordinaires dans les décors neutres d’une grande cité. Ils appartenaient à tous les milieux sociaux. Ils étaient le commun des mortels. Sauf pour leur enfer intérieur. Et encore était-il le plus répandu, le plus banal du monde : celui de l’alcool.

Tout commença par un jeu du hasard.

De passage à Paris, une amie scénariste qui arrivait d’Amérique me dit comment elle avait assisté, là-bas, au sauvetage d’un camarade à elle, perdu de boisson, et déjà une épave. L’instrument de cette sorte de miracle était l’Union des Alcooliques anonymes.

Il y avait dans ce récit tant d’intensité dramatique, une si riche nourriture pour l’émotion et l’imagination que j’éprouvais le besoin impérieux de connaître l’œuvre dont il n’était que l’un des chapitres.

Au départ, je voulais simplement rapporter ce que les journalistes appellent indifféremment de « belles histoires » – qu’elles soient de crime, d’horreur, de bravoure ou de sainteté.

Certes, chez les Alcooliques anonymes, j’en ai trouvé à profusion.

Mais au tréfonds du gouffre, de la géhenne, il y avait un secret humble et merveilleux qui avait rendu les plus lamentables épaves à la dignité de vivre.

Mais au-delà et au-dessus des « belles histoires », il y avait une histoire très noble, très grande, qui permettait de ne jamais désespérer des hommes et de leur malheur. (1)

Reproduit avec l’aimable autorisation des Éditions Tallandier et de La Croix Rouge Irlandaise, cette présentation par Joseph Kessel de son enquête est d’abord parue en introduction de la série d’articles dans le quotidien national France-Soir. On la retrouve dans le livre Instants de vérité, reportages 1956-1964 publié par les éditions Tallandier (édition 2020, ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1021044753 ). Les articles eux-mêmes ont été regroupés par les Éditions Gallimard sous le titre Avec les alcooliques anonymes actuellement disponible en Folio ( ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2070453559 ).
Pour découvrir les articles de Joseph Kessel parus dans France-Soir : https://professionlavie.blogspot.com/2021/08/terre-neuve-de-lalcoolisme-joseph-kessel.html – avec l’aimable autorisation de Véronique Hamel, journaliste

Dans les archives de l’INA

Emission Lecture pour tous – 3mn21 – RTF – ina.fr

Cliquez sur l’image pour visionner le reportage.

Dans les archives d’AA France …

LES DEBUTS D'ALCOOLIQUES ANONYMES EN FRANCE - REPORTAGE A LA TELEVISION

Dans les archives de l’INA

Emission Cinq colonnes à la une – 02.11.1962 – 13mn04

Cliquez sur l’image pour visionner le reportage.

JACK ALEXANDER - SATURDAY EVENING POST - 1941

Le 1er mars 1941, le Saturday Evening Post publiait « Les Alcooliques anonymes, esclaves libérés de la boisson, en libèrent d’autres à leur tour ». Cet article a marqué un tournant majeur dans l’histoire des Alcooliques anonymes.

L’histoire commence lorsque le propriétaire du Saturday Evening Post, le juge Curtis Bok, apprend l’existence des AA par deux amis. Il voulait que le Post raconte l’histoire de l’organisation. Il a fait appel à un journaliste bien connu du Saturday Evening Post, Jack Alexander, pour le faire.

Le cofondateur des AA, Bill W., désireux de faire connaître le message des AA, a rencontré Alexander. Il lui a donné accès à des dossiers et lui a fait visiter des sites importants des AA. Il a également organisé des entrevues avec des membres des AA et avec des administrateurs non alcooliques du Conseil des services généraux.

Extraits de https://www.aa.org/fr/the-story-behind-Jack-Alexanders-article

« Il y a quelques semaines, un après-midi, trois hommes se trouvaient autour du lit d’un malade alcoolique de l’aile psychiatrique de l’hôpital général de Philadelphie. L’homme qui était couché, un parfait étranger, avait le regard vide et légèrement hébété qu’ont les alcooliques qui sortent d’une longue beuverie. La seule chose qui distinguait les visiteurs, à l’exception du contraste évident entre leur apparence soignée et celle du malade, était que chacun d’eux avait à maintes reprises vécu la même agonie. Ils étaient membres des Alcooliques anonymes, un groupe d’ex-buveurs qui se consacrent à aider d’autres alcooliques à arrêter de boire.

L’homme dans le lit était mécanicien. Ses visiteurs, eux, avaient fait leurs études aux universités de Princeton, Yale et Philadelphie, et étaient respectivement vendeur, avocat et publicitaire. L’un d’eux avait été enfermé dans ce même établissement moins d’un an auparavant. L’autre avait été ce que les alcooliques appellent un «habitué» des maisons de santé. Il était passé de l’une à l’autre, causant le désespoir du personnel des principaux établissements du pays spécialisés en traitement de l’alcoolisme. Le troisième, qui n’avait jamais été hospitalisé pour alcoolisme, s’était détruit par l’alcool pendant vingt ans, rendant la vie impossible à sa famille et à ses employeurs ainsi qu’à d’autres parents bien intentionnés qui avaient eu la témérité d’intervenir. »

Début de L’article de Jack Alexander sur les AA, extrait de la brochure, reproduit avec la permission de AA World Services, Inc.

DOCTEUR SILKWORTH - L'OPINION D'UN MEDECIN - 1939

Le Dr William Duncan Silkworth (1873-1951) est le médecin qui a sans doute eu l’impact le plus significatif sur la formation et l’essor des Alcooliques anonymes. 

Il est d’abord celui qui a développé le concept de l’alcoolisme comme étant un phénomène d’allergie physique doublée d’une obsession mentale, concept repris par la suite par les fondateurs des AA afin d’expliquer la nature de cette affection et la nécessité de la considérer d’un point de vue médical. 

Celui qui fut surnommé « The little Doctor who loved drunks » (Le petit médecin qui aimait les ivrognes), a rédigé « L’opinion d’un médecin », le chapitre d’introduction du livre Les Alcooliques anonymes, publié en 1939.

Par cet écrit, il fut le premier médecin à procurer une légitimité au mouvement Alcooliques anonymes, alors que bien peu de professionnels de la santé n’osaient, à l’époque, traiter les alcooliques. 

Références bibliographiques : Alcoholism as manifestation of allergy, Medical Record, march 1937, William D. Silkworth – A new approach to phychothérapy in chronic alcoholism, Journal Lancet, July 1939 – Psychological réhabilitation of alcoholics, The médical record, july 1939 – A higly successful approach of the alcoholic prolem confirmes in medical and sociological result, medical record, august 1941 – Silkworth, the little doctor who loved drunks by Dale Mitchell

« Je suis spécialisé dans le traitement de l’alcoolisme depuis plusieurs années.

A la fin de 1934, j’ai traité un patient qui, bien qu’il eût été un homme d’affaires compétent et capable de gagner beaucoup d’argent, était alcoolique à un degré que j’en étais venu à juger désespéré.

Au cours de son troisième traitement, cet homme a acquis certaines idées au sujet des moyens possibles de se rétablir. Dans le cadre de son rétablissement, il a commencé à exposer ses idées à d’autres alcooliques, insistant auprès d’eux pour qu’ils agissent de même envers d’autres. De là a pris naissance une association formée de ces hommes et de leur famille qui s’est développée rapidement. Cet homme et plus d’une centaine d’autres sembles s’être rétablis.

Personnellement, je connais de nombreux cas où d’autres méthodes avaient été totalement infructueuses.

Ces faits semblent avoir une extrême importance sur le plan médical ; à cause des extraordinaires possibilités de croissance rapide inhérente à ce groupe, il se pourrait que nous soyons à l’aube d’une ère nouvelle dans les annales de l’alcoolisme. Il est fort possible que ces hommes puissent apporter un remède à des milliers d’autres dans la même condition.

Vous pouvez absolument vous fier à tout ce que ces gens racontent au sujet d’eux-mêmes. »

Extrait du livre Les Alcooliques anonymes, chapitre l’opinion d’un médecin, reproduit avec la permission de AA World Services, Inc.

KARL GUSTAV JUNG - LE SPIRITUEL CONTRE LES SPIRITUEUX - 1961

Extraits de la correspondance entre Bill W., cofondateur des Alcooliques anonymes, et Carl Gustav Jung, psychanaliste suisse.

Extraits du livre Le langage du cœur, reproduit avec la permission de AA Grapevine, Inc.

Cher Docteur Jung,

[…] saviez-vous qu’une conversation que vous avez eue avec l’un de vos patients, un certain Rowland H., au début des années 30, a joué un rôle crucial dans la naissance de notre association ?

[…] Ayant épuisé toutes les autres ressources pour se rétablir de son alcoolisme, il est devenu votre patient vers 1931. Je crois qu’il a reçu vos soins pendant peut-être un an. Il vous vouait une admiration sans bornes, et il était très confiant quand il vous a quitté.
Pourtant, à sa grande consternation, il s’est vite enivré à nouveau. Étant certain que vous étiez son dernier recours, il est retourné vous voir encore une fois. C’est alors qu’a eu lieu entre vous deux une conversation qui devait devenir le premier maillon de la chaîne d’événements conduisant à la fondation des Alcooliques anonymes.

[…] Vous lui avez d’abord dit que son cas était désespéré du point de vue de la médecine et de la psychiatrie. Cette déclaration franche et humble de votre part est, sans l’ombre d’un doute, la première pierre sur laquelle notre association a été érigée.

[…] Quand il vous a demandé s’il n’y avait aucun autre espoir, vous lui avez répondu qu’il y en avait peut-être encore un, à condition qu’il puisse vivre une expérience spirituelle ou religieuse, bref une véritable conversion. Vous avez souligné qu’une telle expérience, si elle pouvait être provoquée, le motiverait peut-être à nouveau, alors que plus rien d’autre n’y parvenait.

Rowland H a ensuite rejoint les Groupes d’Oxford, un mouvement évangéliste de l’époque qui aidait les alcooliques, il est devenu abstinent, il a transmis son expérience spirituelle à Ebby T, un ami de Bill W. qui le lui a transmis à son tour…

Cher W.,

[…] La seule façon valable de connaître une telle expérience est de la vivre dans la réalité, et vous ne pouvez la vivre que si vous empruntez un sentier qui vous mène à une compréhension supérieure. Vous pourriez atteindre ce but par la grâce, ou par un contact personnel honnête avec des amis, ou par une formation supérieure de l’esprit, au-delà des limites du rationalisme. D’après votre lettre, Rowland H. avait choisi la deuxième voie, qui était évidemment la meilleure dans les circonstances.

Je suis absolument convaincu que le principe du mal qui prévaut dans ce monde causera la perte de ce besoin spirituel non reconnu, s’il n’est pas neutralisé par une réelle intuition religieuse ou par le mur protecteur de la communauté humaine.

[…] Voyez-vous, alcool, en latin, se dit « spiritus », et vous vous servez du même mot pour décrire à la fois la plus grande expérience religieuse [spirituelle] et le plus dégradant des poisons. La formule utile devient donc : spiritus contra spiritum.

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