Un groupe depuis 1980 au centre pénitentiaire de Fresnes (Val-de-Marne)

Les portes du centre pénitentiaire de Fresnes, quartier hommes, se sont ouvertes pour les Alcooliques anonymes en 1980 et ne se sont jamais refermées depuis, grâce au soutien des intervenants venus des groupes AA à l’extérieur des murs et grâce, avant tout, à la participation volontaire et assidue des détenus.

 

Un groupe Alcooliques anonymes y tient ses réunions un samedi matin sur deux et accueille en moyenne dix à douze détenus. Pour la plupart de ces participants, l’alcool a été soit la cause directe, soit un facteur aggravant du crime ou délit commis. Cette présence bimensuelle des Alcooliques anonymes leur permet de faire le point sur leur rapport à l’alcool et de préparer une sortie qu’ils envisagent sous le signe de la sobriété.

La réunion se déroule comme n’importe quelle réunion Alcooliques anonymes « hors des murs ». A une petite différence près, puisque les membres AA, venus de l’extérieur pour permettre la tenue de la réunion, sont soumis, comme tout le monde, au règlement intérieur de l’établissement qui interdit de faire entrer le café et les bonbons que l’on trouve habituellement dans les réunions Alcooliques anonymes de ville.

Ici comme ailleurs, l’anonymat des partages est strictement respecté par tous : ce qui se dit pendant la réunion, reste dans la réunion.

Depuis 1980, des membres AA venus de groupes extérieurs environnants forment une équipe qui se relaie. Une fois par an, l’administration pénitentiaire autorise la venue ponctuelle d’autres membres AA qui découvrent ce groupe à l’occasion de l’anniversaire de sa création et sont surtout présents ce jour-là pour soutenir les membres AA détenus qui fêtent leurs anniversaires d’abstinence continue et consentie.

 

L’un d’entre eux, témoigne :

« Toi mon alcool, à qui je pense de temps en temps, tu me manques sans véritablement me manquer.

Quand je pense à toi tu m’obsèdes, mais tu n’es pas réellement le centre de mes pensées, tu n’es pas vraiment le centre de mes intérêts, ce n’est pas toi qui pourra m’apporter l’affection dont j’ai besoin aujourd’hui.

Je veux aujourd’hui m’enivrer de l’ivresse d’amour que tu ne pourras me donner.

Tu connais mes faiblesses, ma passion et mes angoisses.

J’aimerais aujourd’hui oublier ton existence et oublier t’avoir rencontré, mais tu es encore là dans un coin de ma tête. Maintenant je fais avec toi et sans toi, peut-être te verrais-je un jour disparaître de mon existence et un jour revivre sans t’avoir dans ma mémoire.

Aujourd’hui tu es loin de ma triste vie, mais je sais que je peux te recroiser à chaque coin du bois ou d’ailleurs et que la tentation pourrait nous réunir à nouveau. Alors oublie moi et je t’oublierai aussi de mon côté ; je préfère me droguer à l’amour et à l’amitié des autres. »

Christian, membre du groupe Alcooliques anonymes du centre pénitentiaire de Fresnes.

 

Photo : Ministère de la justice – www.justice.gouv.fr 

 


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