Une nuit avec la permanence des Alcooliques anonymes à Charleville

Article paru dans L’Ardennais du jeudi 22 mars 2018 – Edition de Charleville-Mézières

Auteur Guillaume DECOURT – Tous droits réservés

 

Une infusion, une cuillère de miel « pour les cordes vocales » et c’est parti ! Durant 12 heures, Myriam va assurer, seule, la permanence téléphonique des Alcooliques anonymes (AA).

« Je peux recevoir des appels de toute la France y compris des départements d’Outre-mer » indique-t-elle, au moment d’entamer sa 28ème permanence nocturne depuis 2007. « Une mission qui donne sens à ma vie » confie l’Ardennaise, abstinente depuis maintenant 13 ans.

 

Je suis bien à la mairie de Blois ?

Il est 21H15, le téléphone fixe sonne pour la première fois de la nuit. Un homme est au bout du fil. Il respire fort, mais raccroche avant d’avoir prononcé le moindre mot. « Sans doute quelqu’un qui a peur, qui appréhende… Il est probable qu’il rappelle plus tard ». Vers 22 heures, enfin un « vrai » appel. Un homme originaire d’Orléans souhaite connaître les horaires des réunions AA dans sa région. Myriam l’aiguille. L’homme a l’air déterminé, il souhaite vaincre son alcoolisme.

Dans la foulée le téléphone sonne à nouveau. Une dame demande à plusieurs reprises « bonjour, je suis bien à la mairie de Blois ? » Sans doute une farceuse imbibée … Des appels que redoute fortement la septuagénaire. « Ce sont des gens alcoolisés qui n’ont pas forcément besoin d’aide. Ils ne sont pas forcément alcooliques. Pour couper court à la conversation, je leur dis qu’ils bloquent la ligne pour des gens qui en ont vraiment besoin.

22H20 : un autre appel lunaire, signé Patrick, originaire de Versailles, l’homme, vraisemblablement sous l’emprise de l’alcool, s’inquiète de ne pas avoir vu « Valérie » dans sa réunion AA du jour « Elle avait dit qu’elle reviendrait, et elle n’est pas venue » lâche-t-il, désoeuvré. Myriam, elle, est désarmée. Je coirs qu’il est amoureux, c’est tout » commente-t-elle après avoir raccroché. Après quelques appels farfelus, la suite sera plus sérieuse.

Notamment à 0H10. Un habitant de Béthune, qui a « assez détruit de choses comme ça » avec l’alcool, souhaite savoir où et quand se déroulent les réunions autour de chez lui. Malgré sa motivation, sa détermination, pousser la porte des Alcooliques anonymes n’est pas chose aisée. Alors Myriam lui propose de passer par la « 12ème étape ». Elle explique :  «donnez-moi votre prénom, votre numéro de téléphone et demain un membre des AA de votre secteur vous appellera pour vous accompagner en réunion. » Mathieu accepte. « Voilà des appels comme je les aime » débriefe-t-elle. De 21 heures à 9 heures du matin, l’Ardennaise a répondu à dix appels. C’est moins que d’habitude. Mais la nuit a été riche en émotions, notamment vers 2 heures du matin … Au bout du fil, un homme, ivre, peine à articuler. Il ne souhaite pas entendre parler des réunions des Alcooliques anonymes. D’un ton agressif, il dénigre l’association et commence à lire un passage de la bible satanique. L’homme reproche aux AA d’être une secte. « Il y a bien un aspect spirituel, reconnaît Myriam. Mais absolument rien de religieux. » Malgré ce passage délicat, la nuit fut, une fois de plus, enrichissante pour l’Ardennaise comme pour ses interlocuteurs, souvent « au bout du rouleau »

A savoir :

  • La permanence de nuit des Alcooliques anonymes est assurée, à tour de rôle par et durant une semaine, dans l’une des vingt-deux ex-régions françaises.
  • Cette semaine, de lundi à dimanche, c’est en Champagne-Ardenne, avec trois permanences assurées par des Ardennais.
  • Le permanent assure un service de 21 heures à 9 heures du matin
  • Numéro : 09 69 39 40 20

 

Photographie G.D.
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